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L'éveil

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28 mars 2011

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22 mars 2011

Voilà, je déménage. Je m'envole vers d'autres

 

 

Voilà, je déménage.

Je m'envole vers d'autres pages...Qui m'aime me suive!...

 

 

 

 


 

 


18 mars 2011

L'action juste

des couleurs changeantes

 

L'éveil consiste à regarder la réalité telle qu'elle est et non pas à travers les filtres innombrables de l'illusion. Le regard doit être vide, pur, vacant afin que le monde qu'il englobe puisse s'y déployer librement. Regarder ce qui est...Simplement. Laisser la réaction fleurir puis faner. Retourner à la racine pour laisser venir d'autres fleurs.

Voir le monde à partir d'un regard dépouillé nous préserve de toute manipulation. On ne s'aggripe à rien. On voit, on accompagne, on accepte. Mais accepter n'est pas de la résignation.

Se résigner veut dire que l'on juge le monde mauvais et que, se sentant impuissant à le vaincre, on s'y soumet. Cela signifierait que l'on se sent séparé de ce qui est. Notre regard serait voilé par ce que l'on croit être. La monde devient alors un voile. Il est terni et semble invicible puisque ce que l'on juge mauvais est non pas ce qui est, mais le voile que l'on a mis soi-même dessus.

Accepter c'est en quelque sorte de soumettre, non pas au monde ou à l'illusion mais en quelque chose qui est à la racine de tout. Se soumettre à ce qui ne peut être évité, à l'Absolu d'où émane toute vie et toute conscience, se soumettre au meilleur c'est devenir ce meilleur. Accepter c'est non plus lutter mais accueillir et accompagner. On peut ne pas être d'accord avec ce que l'on rencontre mais être dans l'accueil permet de comprendre et donc de dépasser. 

On peut comme Denis imaginer un monde d'or, ou vivre comme un miroir selon Bernard Durel, nous devons avant tout faire le vide. Faire le vide pour laisser naître l'action juste.

Je me souviens d'une séance d'Aïki-budo. Les yeux bandés, une personne devait parer aux attaques de trois assaillants. Dans cette situation, réfléchir ne sert à rien. On perd du temps et on s'expose aux coups. Il s'agit de faire le vide et de fusionner l'acte avec l'agissant. Suivre le mouvement, en étant assez fluide pour s'adapter aux différentes situations qui se succèdent.

Il y a un courant continu derrière toute manifestation. Ce courant porte des noms divers selon les traditions (énergie, ki, fluide vital etc.) mais il est bien réel. Le contrer est source de souffrance. L'accompagner est l'action juste. Pour le sentir, il faut laisser retomber toute les boues intérieures. Il faut devenir aussi pur que le cristal, c'est à dire transparent, vide.

Il suffit de suivre le rythme naturel de la respiration car elle est le repère disponible à tout instant pour saisir le mouvement du vide. Elle est en parfaite adéquation avec le cycle de l'univers. Tout l'univers respire. Il suffit d'être attentif.

Le non-agir du Tao est action fluide, sans obstacle entre soi et le monde. Adhérer au monde et agir sans adhérance afin que rien ne s'aggripe, afin de pouvoir suivre le courant et d'en intégrer la force. Respirer avec le monde c'est accéder au pouvoir naturel de l'Être. C'est être réellement vivant.

Photo trouvée ici...

 

17 mars 2011

Le scandale du siècle

 

Ceci est la première vidéo  d'une série de six, évoquant les découvertes du docteur André Gernez sur les cellules souches qui méritent toute notre attention. En effet, celui-ci a découvert les moyens de se prémunir de maladies très graves comme le cancer, la schizophrénie, la maladie de parkinson, la mucovicidose et d'autres dites "incurables".

Etrangement, ses découvertes incroyables que lui même expose clairement dans ce document (découvertes déjà été relevées semble-t-il en 1932 par un autre chercheur!) n'ont pas été diffusées au grand public comme elles auraient du l'être. Pourquoi? 

Est-ce que le monde tel qu'on nous le montre est aussi sombre qu'il l'est réellement?

Je vous laisse vous faire votre propre opinion. Pour visionner les suivante, il suffit de cliquer sur la vidéo pour aller sur Dailymotion.



Le scandale du siècle (1/6)


16 mars 2011

La clé des songes

 

Salvador Dali - La rose méditative

Depuis toujours, comme je l'ai déjà évoqué ici, je rêve beaucoup, et je me souviens parfaitement de mes rêves la plupart du temps. Ils sont parfois aussi élaborés que le scénario d'un film. C'est pourquoi, j'ai longtemps collectionné les dictionnaires des rêves, cherchant le moyen imparable de décoder leurs messages. Il serait en effet bien pratique de pouvoir piocher dans le lexique d'un livre pour trouver la clé des songes. Mais la fonction du rêve n'est pas justement de pouvoir trouver à l'extérieur de soi les réponses à nos plus profondes questions.

Le rêve nous exhorte au contraire à exécuter une plongée en nous-même. Plus le rêve est marquant, plus il a quelque chose à dire. Plus nous avons quelque chose à nous dire. Mais quoi? Comment décoder ces situations, personnages, lieux qui n'obéissent pas aux lois habituelles de la vie quotidienne?

Toutes les réponses sont déjà en nous, encodées quelque part dans les profondeurs insondables de notre esprit, inconscient ou adn...Nous n'avons nul besoin d'un dictionnaire des symboles pour en connaitre la signification. Le symbole est une clé qui ouvre sur nous-même. Il s'agit simplement de l'écouter ou plutôt de s'écouter car le symbole en lui-même n'a aucune valeur. Ce qui a de la valeur c'est ce qu'il désigne, ce qu'il cherche à dévoiler tout en préservant la fragilité du mystère. Car le mystère doit être senti non appris intellectuellement. Il doit passer au travers de nos voiles pour parvenir à la pleine conscience, à la lumière comme un trésor enfoui dans les eaux profondes de l'océan qui reviendrait peu à peu à la surface.

Il ne s'agit pas d'"analyser" un rêve car ce serait comme disséquer un papillon pour en saisir la beauté. Il faut comprendre que le rêve est un reflet, un reflet de soi. Il suffit de se pencher sur son rêve pour entamer un dialogue avec soi. Le simple fait de désirer comprendre suffit parfois.

Voici ma méthode personnelle comme approche du rêve:

  •  En premier lieu, écrire le rêve que l'on vient de faire sans chercher à bien écrire. Il faut que les mots sortent spontanément car souvent, il y a des jeux de mots qui ressortent, des labsus. Ne pas hésiter à dessiner, griffoner, souligner, laisser apparaître tous les "accents" du rêve. Je date les rêves soigneusement pour ne pas les sortir de leur contexte (événements particuliers dans la vie du rêveur).
  • Relever le "squelette" du rêve, l'idée essentielle en titrant par exemple les paragraphe, ou en décelant les rouages du scénario (histoire d'amour, poursuite, voyage, quête etc...)
  •  Souligner les mots-clés, les éléments qui paraissent importants, symboliques, sans oublier de relever (comme en grammaire) qui est "sujet" du rêve, c'est- à dire "qui" parle, quelle part de soi...
  • Une fois ces mots-clés relevés, fabriquer son propre lexique. Ecrire tout ce que chaque mot nous inspire en laissant libre cours à son ressenti. Il faut pour cela faire silence et donner de l'attention à tout ce qui vient à l'esprit. Répondre aux questions: Que symbolise cela pour moi? A quoi ou à qui cela me renvoie-t-il dans mon histoire personnelle?
  • Chaque rêve est une source inépuisable de créativité. On peut si on a l'âme artistique peindre son rêve, le modeler, écrire un poème ou même le danser. Le dialogue entre Soi et soi est ouvert c'est à dire entre la part la plus profonde, cachée, silencieuse de nous-même mais hautement connaissante et la part la plus superficielle et consciente.

Il y a bien sûr plusieurs niveaux d'écoute du rêve parce qu'il a une structure holistique, c'est à dire qu'il peut y avoir plusieurs messages imbriqués dans le même rêve concernant des domaines très différents de notre vie (sentimental, physiologique, spirituel etc...). C'est pourquoi le rêve permet d'une part d'apprendre à "s'écouter", à développer nos capacités intuitives et d'autre part de mettre en conscience des choses qui peuvent nous guider dans nos vies quotidiennes. 

Avec le temps, on prend l'habitude de comprendre les rêves sans même passer par la mise en relief de ses rouages. La compréhension se déploie au fur et à mesure qu'on le lit. En effet le fait de l'écrire permet de mettre son "reflet" en face de soi et donc de mieux se contempler. 

Je vais prendre l'exemple du rêve que j'ai raconté précédemment et que j'ai intitulé: Les noces. Je ne vais pas l'analyser en entier mais reprendre quelques mots-clés afin d'illustrer ce que je viens d'expliquer:

J'ai rêvé d'une vallée verte et sauvage et d'une maison que j'avais là. Je me mariais avec un homme que j'aimais follement mais dont je n'ai pas vu le visage. Il y avait seulement le sentiment énorme dans mon coeur. La joie incroyable d'épouser cet homme. Les gens que j'aimais étaient rassemblés et on avait donné à lire un passage du Coran à un jeune homme de la famille. Et ce passage était tellement beau qu'avant même de rentrer dans la chapelle (!) je pleurais à chaudes larmes. Je pensais seulement au plaisir indicible de prononcer ce passage, le dire... Ces mots étaient tellement poignants, vivants! Ils décrivaient en peu de mots toute la beauté du monde...Cela parlait de colline, d'herbe fraiche, de ruisseaux... C’était sublime. Je pleurais sans m'arrêtais.

Le titre est déjà révélateur du message: Les noces signifiant l'union de deux êtres avec une connotation positive et spirituelle. Positive car cela évoque la fête, spirituelle pour l'évocation (personnelle) de Jésus invité aux noces changeant l'eau en vin. Ce passage des évangiles a une signification profonde qui introduit bien ce rêve. En effet changer l'eau en vin, c'est transcender la réalité. C'est regarder le monde non plus à travers le voile opaque de ses émotions, de ses pensées ou jugements mais le regarder tel qu'il est c'est à dire tel que Dieu l'a fait: dans toute sa perfection. C'est déceler le divin à travers toutes les limites de la matière, de la perception. Déceler l'infini, l'absolu au coeur du monde manifesté tel que nous le percevons c'est à dire avec toutes les limitations imposées. Derrière le seul mot de "noces", il y a l'amour, l'union, et la légitimisation d'une relation au sein d'une communauté. 

Vallée verte et sauvage peut évoquer une partie de soi qui reste encore à explorer (sauvage) mais néanmoins fertile. La vallée par sa fome évoque la profondeur, peut-être la sexualité, l'endroit sécurisant où il fait bon vivre...

La maison est censée dans l'analyse psychanalytique le rêveur lui-même. La maison est l'endroit qui nous abrite, c'est à dire le corps le plus externe de nous-même. Elle peut représenter l'image que l'on donne à autrui. Il reste à voir comment cette maison apparait dans le rêve. Est-elle délabréé, cossue, imposante, effrayante?...La maison est aussi l'endroit où l'on invite l'autre en soi. Quelle est donc notre capacité à l'ouverture (fenêtres, portes, cheminées), à l'écoute? Le rêve se déroule-t-il dans la maison ou à l'extérieur?

Je vous laisse continuer seul ce dialogue avec le rêve ne souhaitant pas dévoiler l'intime message que ces noces ont voulu me révéler...Intime et très beau message. 

 

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15 mars 2011

Les noces

 

Après la pluie, la lumière

 

Cette nuit j'ai fait un rêve étrange et beau.

J'ai rêvé d'une vallée verte et sauvage et d'une maison que j'avais là. Je me mariais avec un homme que j'aimais follement mais dont je n'ai pas vu le visage. Il y avait seulement le sentiment énorme dans mon coeur. La joie incroyable d'épouser cet homme. Les gens que j'aimais étaient rassemblés et on avait donné à lire un passage du Coran à un jeune homme de la famille. Et ce passage était tellement beau qu'avant même de rentrer dans la chapelle (!) je pleurais à chaudes larmes. Je pensais seulement au plaisir indicible de prononcer ce passage, le dire... Ces mots étaient tellement poignants, vivants! Ils décrivaient en peu de mots toute la beauté du monde...Cela parlait de colline, d'herbe fraiche, de ruisseaux... C’était sublime. Je pleurais sans m'arrêter.

Je vivais une extase mystique où toute la grandeur de la Vie se révèle soudain! C'est difficile à décrire car tout se passe dans le ressenti. Je n'avais pas envie de sortir du rêve...Et j'en ai encore le goût dans mon coeur!

Photo trouvée

14 mars 2011

Depuis toi il n'y a ni date ni temps je suis

Photo0021

 

Depuis toi

il n'y a ni date ni temps

je suis quelque part 

où il n'y a ni après ni avant

quelque part où il n'y a que

toi

au présent

 

***

 

Je suis au coeur de toi

au coeur du coeur

si petite

que tu ignores à quel point

je viens de toi

à quel point

nous respirons ensemble

si petite

que même ton esprit

ne peut toucher cette partie

de toi

je suis là

dans ce noir paradis

que tu devines à peine

 

***

 

Tu m'as fait revenir à l'origine

au point de départ

tu as tout balayé

tout dispersé

j'ai à nouveau treize ans

un coeur neuf

un bourgeon

qui tarde à éclater

11 mars 2011

Vivre comme un miroir

 

Jeune fille devant un miroir, par Pablo Picasso

                                                                 Fille au miroir- Pablo Picasso

En occident, on fait du vide un objet: c'est ce qu'on obtient lorsqu'on a enlevé ce qu'il y avait-autrement dit, c'est une oeuvre que l'on fait.

Mais en Orient et aussi chez Maître Eckhart, le vide, c'est le plein.

L'image du ciel nous aide à comprendre cela.

Le mot sanskrit sunyata qu'on traduit par "vide", emptiness, a pour correspondant le mot chinois ou japonais ku, et ce qui est important, ce n'est pas ce qu'on entend mais la calligraphie. Or il y a deux calligraphie de ku.

La première désigne le ciel, au sens de voûte céleste, sky en anglais (et non heaven), c'est à dire le fond du ciel - si le ciel est bleu, sans nuages, on peut dire que le ciel est vide, clair ou serein, et cela n'est pas le sentiment d'un manque: il est vide, mais plein en tant que fond permanent, selon notre expérience empirique et dans la conception scientifique précopernicienne.

Cela signifie l'accueil, comme le miroir: celui-ci est vide mais il est plein de tous les objets qui s'y reflètent. L'autre caractère est la culture de brûlis: le champ vide de la culture de brûlis, couvert de cendres, est en réalité plein de toutes les récoltes à venir; on voit là que le vide est un vide matriciel, potentiellement plein de tout ce qui va naître. Le vide matriciel, le fond des choses (Grund), est toujours là, forme et se déforme sort de ce fond pour y revenir, dans la perspective de l'Orient en tout cas.

Le goût du vide (L'Odeur de la papaye verte, selon le titre d'un beau film), on l'a justement dans un sesshin: à cemoment où, même s'il y a beaucoup de choses, de soucis, qui vont et viennent dans mon esprit, je perçois qu'au fond paradoxalement, il n'y a rien (sauf si je m'attache). En rentrant chez soi, on perçoit souvent cette qualité du vide, et un des fruits est qu'on entend alors ce que disent les autres, parce qu'on a rejoint en nous, de façon provisoire et sans doute insuffisante, cette qualité du miroir.

Le miroir n'a ni lasso ni fouet: il laisse se refléter les réalités mais ne les retient pas. Vivre comme un miroir, tel est l'horizon. Cela peut se manifester dans l'hospitalité: laisser les gens s'installer dans mon espace, dans la compassion: un espace pour la passion de l'autre qui, lui, ne supporte pas sa passion - on pourrait parler là de compassion vicaire, par exemple pleurer pour quelqu'un qui ne peut, pas encore, pleurer; mais dès que l'autre reprend sa route, ne pas le retenir. A l'opposé se situe l'égoïsme ou aussi des façons de retenir les autres, de se cramponner à eux; et on voit bien les blessures qui viennent de cet attachement excessif, par exemple dans la relation entre parents et enfants: le miroir est alors collant comme enduit de miel!

Bernard Durel dans son commentaire du Nuage de l'inconnaissance, traité anonyme de la mystique médiévale anglaise, Editions Albin Michel, Spiritualités vivantes.

 

10 mars 2011

Pensées

Photo0136

 

Elles viennent

de rien

explosent

prennent leurs places

se déploient 

s'illuminent

s'embrasent

puis s'éteignent

soudain.

 

*

 

Feux de bengale

Pensées du vide

étincelles

fumées volages.

 

*

 

Je les vois

vivre et mourir

dans des rondes

infinies...

 

*

 

Nuit

sans repère

que je suis.

 

*

 

Folie

de vivre

parmi les morts.

 

*

 

Folie 

de mourir

au beau milieu

d'une vie.

 

*

 

Il suffit

de se baisser

de se courber

de se plier

pour cueillir

le paradis.

 

 

6 mars 2011

L'embarras du choix

sheena_iyengar.top.jpg

Lorsqu’elle était étudiante à Stanford, au milieu des années 1990, Sheena Iyengard aimait déambuler dans les rayons d’une grande épicerie fine de la ville voisine de Menlo Park. Bien qu’aveugle, cette jeune femme fluette à la chevelure de jais s’enivrait de la multitude de produits proposés: 3 000 livres de cuisine, 500 variétés de fruits et légumes, 250 sortes de fromage, 150 vinaigres, 75 huiles d’olive, et près de 250 genres de moutardes. En bonne gourmande, elle adorait picorer sur les dizaines de stands de dégustation installés ça et là. Mais elle achetait rarement, ce qui ne laissait pas de l’intriguer. Le paradigme dominant de la culture américaine vante les bienfaits du choix individuel. Mais, si la diversité est une bonne chose, se demandait l’étudiante en psychologie sociale, pourquoi se sentait-elle donc écrasée par une telle abondance?

Extrait d'un article du magazine BOOKS de décembre 2010/janvier 2011, de Evan Glodstein, traduit par Philippe Babo

Auteure d’un livre: The Art of Choosing (l’art de choisir), Sheena Iyengar professeur de commerce à l’université Columbia ne resta pas sur cette simple constatation. Elle décida d’approfondir la question. Elle s’installa dans l’épicerie avec l’accord du commerçant pour tenir une table de dégustation à l’entrée. Suivant un cycle de deux ou trois heures, elle proposa successivement soit une sélection de six parfums différents de confitures aux clients, soit une sélection de vingt-quatre. Le résultat fut que le stand de vingt-quatre attira plus de « goûteurs » tandis que celui de six attira surtout des « acheteurs » Après avoir effectué cette expérience et d‘autres, le constat était que tout le système sur lequel repose l’économie américaine (et occidentale) pouvait être remis en question. Trop de choix favoriserait l’indécision. Bien sûr sa cela éveilla une polémique dans les médias et même la National Public Radio y vit une « attaque contre la vache sacrée de la culture américaine » . Pourtant cette thèse apparemment ne date pas d’hier. 

Au XIV ème siècle déjà, un philosophe français Jean Buridan affirma qu’un âne affamé et assoiffé (d’où l’expression « âne de Buridan »), faisant face à simultanément une botte de foin et un seau d’eau, pouvait mourir paralysé par l’indécision.

 Il est étonnant aussi de constater que cette jeune chercheuse, Sheena Iyengar étant née dans une communauté sikhe, fut très tôt confrontée au…non-choix vu le nombres d’interdits religieux imposés par sa religion (du port obligatoire de sous-vêtements sous la douche au mariage forcé). De plus, sa possibilité de choix fut encore restreinte lorsqu’à l’adolescence, elle se retrouva atteinte de cécité à cause d’une maladie génétique. 

Elle constata suite à de nouvelles études que la notion de choix dépendait de la culture et des conditions de vie dans lesquelles on se trouve. Par exemple, selon une étude qu’elle effectua en 1995 à l’université de Kyoto sur cent étudiants de deux nationalités différentes, elle constata que la possibilité de choisir très importante chez les Américains, est complètement secondaire chez les Japonais. 

Des chercheurs ont contesté la thèse de Sheena, reproduisant la même expérience des pots de confiture sans succès ou évoquant  la fluctuance des résultats obtenus selon le contexte. Sheena Iyengar se plaint d’être l’objet d’attaques directes de personne ayant un intérêt à démonter sa thèse. La tyrannie du choix reste donc un débat dans les milieux scientifiques mais nous pouvons sans même avoir lu le moindre livre à ce sujet expérimenter simplement cette thèse sur…nous-mêmes. Et nous savons combien l’expérience est supérieure à n’importe quelle thèse.

Comment réagissons-nous devant une surabondance de choix? Comment choisissons-nous et à partir de quels critères? Et surtout que nous procure la sensation d’avoir trop de choix ou pas assez?

De nos choix dépendent non seulement le goût de nos tartines de confiture mais de choses beaucoup plus importantes comme le choix d’un partenaire, d’une maison, d’une action…d’un milliers de choses dont va dépendre toute notre vie. Chaque instant est le carrefour d’une infinité de choix. Alors pourquoi ne sommes-nous pas toujours satisfaits de nos choix? Comment ne pas être satisfait de ce que nous « semblons » avoir choisi en toute liberté? En toute « connaissance de cause »…

The Choice-Driven Life of Sheena Iyengar 3

Et là nous revenons à un point essentiel: avoir l’embarras du choix, c’est ne pas être totalement libre. Du moins, c’est choisir à partir d’une partie de soi qui n’est pas libre. Qui ne s’est pas déjà retrouvé dans cet état hypnotique dans lequel nous plongent les étalages interminables des hypermarchés? 

Avoir le choix permet-il d’être plus heureux? 

Dans cette question même se trouve la réponse. L’avoir n’a aucune prise sur l’être. Alors que le contraire…oui.

Avoir le choix entre des mètres de rayonnages de yaourts ne rend ni meilleur ni plus heureux. Au contraire, de façon pernicieuse, cette tyrannie du choix tend à faire croire aux gens qu’ils jouissent d’une sorte de liberté. Je dis une sorte de liberté car il ne s’agit pas de La Liberté. Il ne s’agit que d’un ersatz, une illusion, une liberté en toc qui permet à nos petits égos bien nourris de croire qu’ils sont souverains dans leur vie. Ils peuvent à tout instant « choisir », « décider » du parfum de leur yaourt, de la couleur de leur voiture, du physique de leurs partenaires. Quelle enivrante liberté! Pouvoir à tout instant choisir parmi une palette infinie de plaisirs, de sensations, éphémères et superficielles. 

Ne serait-ce pas une façon plutôt habile de nous détourner de la véritable liberté de choix? 

Le langage des publicité est de plus en plus envahi de formules très « spirituelles ». Il suffit de lire. On nous vend n’importe quoi en invoquant la part la plus sage de nous-même; mais n’est-ce pas là aussi d’envahir notre capacité de choix, de nous détourner, d’empoisonner la seule part de nous-même apte à choisir.

En fait, je crois que l’on utilise cette part de soi pour des choses superficielles. Afin que surtout on ne la sollicite pas pour des choses plus essentielles…Il ne faut surtout pas nous habituer à trop réfléchir par nous-même, à nous rendre libre de nos choix car alors nous ne pourrions plus adhérer à une société qui sous des apparences de démocratie et de liberté nous sert immanquablement le même yaourt à tous les parfums. Nous croyons avoir le choix mais qui ne s’est pas déjà offusqué devant l’universelle malhonnêteté politique de  nos dirigeants, devant le langage très formaté de nos médias, devant l’inculture croissante de nos jeunes?

Il serait bon je crois de chercher ce qui se cache derrière ce trop-plein de choix qui serait non pas un critère de liberté mais une forme très habilement cachée d’aliénation.

Je remarque personnellement pour l’avoir expérimenté (et cela rejoint bien sûr les précédents articles sur le Vide) que dans un milieu très simple où seuls les besoins essentiels sont assouvis, l’esprit se libère, devient léger, disponible ouvert et transparent comme un miroir prêt à refléter le monde de manière optimale et donc de l’accueillir. Vivre avec peu, à proximité de la nature (symbole vivant du vide-plein), dans le silence, détaché de tous ces liens qui nous sollicitent en permanence et nous bercent dans l’illusion d’appartenir à une « communauté » pour nous prémunir du vide social, de la solitude (internet, téléphones TV etc.), nous permet de découvrir avec émerveillement ce dont nous avons réellement besoin pour bien vivre: pas grand-chose. 

La réponse à l’embarras du choix serait un retour à la simplicité. Il ne s’agit pas d’aller jusqu’à l’ascèse (quoique pour certains l’exercice peut être souverain) mais d’aller à l’essentiel. Ne pas abaisser son esprit et son énergie à assouvir des besoins superficiels et inutiles. Revenir au simple. Au peu, au  vrai, au rare pour donner à chaque chose la place qui lui revient.

Choisir à partir de cet essentiel et découvrir alors l’incroyable richesse que nous sommes une fois dépouillés de tous les artifices d’une société bancale. Des êtres naturellement libres.

 

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